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Clinique des addictions, concepts theoriques.

 

 
Dr. Eduardo Alberto Grinspon

Développer la clinique des addictions implique éclaircir:

  1. Clinique : manière dont chaque thérapeute depuis ses “articulations théoriques flottantes” soutient un type de construction intrapsychique depuis laquelle il intervient, dans une trame où règne la complicité intrafamiliale d'habitude désubjectivante et par moments filicide. L'on tend à démoniser un des éléments de la structure dans une relation victime-victimaire, l ‘addicte autant que la drogue, ou un membre de la famille qui émergerait comme coupable, essayant de dénier ou de mésestimer que c'est une structure d'interdépendances avec des complicités interfantasmatiques et transgénérationnelles (4).
  2. Addictions . Nous pouvons les penser : a) Depuis le subjectif : le concept de solution addictive permet de ne pas exclure le sujet de l'acte singulier que celle-ci implique. b) Depuis le toxique : Qu'est-ce le toxique? Depuis où opère le toxique pour le patient autant que pour le thérapeute ? c) Depuis le corps: les addictions réfèrent à une expérience corporelle qui, en devenant signifiable , est employée au service de l'autoconservation paradoxale.
  3. Elements diagnostics à évaluer dans le motif de consultation .: Depuis la subjectivité du thérapeute nous pouvons évaluer: 1) Niveau de subjectivation/désubjectivation; 2) Niveau de rétraction; 3) Capacité de transférence; 4) type de demande à l'intérieur des complicités interpsychiques et interpulsionnelles: a) verbale, b) préverbale, dirigée vers son milieu familial, couple, équipe thérapeutique, société, c) organique, celle-ci se présente face au niveau maximum de rétraction et de désubjectivation.

Le toxique.

Penser ce qu'est et où se trouve le toxique (10) implique développer la dimension énigmatique de ce dernier. C'est penser un reste toxique pulsionnel soutenu en statique et intraitable référé à différentes spatialités: intrapsychique, intersubjective, transubjective, interimaginaire, interpulsionnelle, et intrasomatique.

Nous parlons de ce qui se consomme ou de ce qui va se consommer, cependant nous ne devons par perdre de vue ce qui a déjà été consommé, ce reste toxique provenant de situations familiales ou intersubjectives ( crypte, noyau imagoïque) (4). Ce qui a déjà été consommé persiste incorporé non-méta-bolisé ni méta-phorise´, étant seulement un reste somatisé. Il opère comme un secteur scindé dans la subjectivité dans ce qui se trouve encore non subjectivé. Bien que nous l'ayons éclairci dans la trame intersubjective pour lui donner plus de précision, nous l'entendons comme transubjectif . Cette manière de penser nous permet de faire un saut qualitatif, entendant l'addiction comme une solution addictive, un type d' autoguérison homologue à la solution biologique, fétichiste, psychotique, etc. (18). Pour pouvoir sortir de la réclusion qu'implique voir le toxique comme poison et le fait de consommer comme une manière de se nuire, il est utile d'articuler la solution addictive avec l'autoconservation paradoxale et l'opération du pharmakon (10) . Toutes les fois que nous parlons du toxique dans les addictions nous faisons face à des structures d'ambiguïté et de réversibilité, puisqu'au moment de consommer a lieu un acte d'incorporatioin dans lequel l'on réussit un passage entre ce qui est externe et ce qui est interne, entre le psychique et le physiologique, se produisant un type particulier de régression psychosomatique. L'esprit du toxique comme pharmakon implique une logique transfusionnelle et soutient la réversibilité entre les contraires, être un poison autant qu'un médicament.

Dans l' opération du pharmakon il est fondamental de penser comment opère la drogue. Car si le niveau du sujet sur lequel nous comptons dans notre patient n'est pas clair, il est difficile d'énoncer le toxique comme objet, étant plus pertinent de l'imaginer comme objet d'urgence, de secours ou de survie , dans la lutte contre des angoisses très archaïques, homologue des objets autistes décrits par Tustin. La drogue peut opérer comme supplément autant que comme suppléant (10-5). Le supplément nous pouvons le situer dans cette consommation qui supplémente une des fonctions biologiques: dormir, s'animer, se désinhiber, etc. Un patient dit, au sujet de son besoin de soutenir la consommation de marihuana comme supplément: “Quand je fume de la marihuana, c'est comme si je mettais un costume. Le costume de la marihuana me plaît et me défend. L'alcool et la cocaïne me poussaient à un débordement qui me dégradait. Aujourd'hui, si je vais à une réunion et avant je ne fume pas, je sais que je vais boire, et si je bois je m'engourdis et je vais éprouver le besoin de la cocaïne. En ce moment, dès que je m'engourdis, ça me panique. Si j'y vais avec le costume de marihuana, je sais que rien de tout cela ne va arriver.”

Quand la drogue opère comme suppléant , c'est au moyen de l'expérience corporelle que la rencontre avec elle produit un suppléant physique d'une fonction paternelle absente à l'intérieur du psychique. A partir de cette perspective, le concept autosuppresseur de la toxicomanie dans cette logique, passe de réversibilité à autosoustraction, un type de disjonction possibe face à des magmas fusionnels.

Dans la solution addictive , le compulsif implique fonctionnalité et urgence dans l'emploi du phamakon, la nécessité d'installer une prothèse chimique contre le retour d'expériences d'agonie , terreur, douleur, vide, etc . Avec une logique similaire à celle qui est employée pour comprendre la pensée opératoire (20) dans la solution biologique, dans la solution addictive s'installe à côté du vide fantasmatique, un contrôle traumatolithique autocalmant au moyen de registres d'excitation sensorielle. (15). L'on réussit une sédation possible de la douleur, mettant sur le tapis de nos interrogatifs quel genre d'ancrage vital possède chaque patient , et que signifie pour cette personne naître, mourir, l'autoconservation , tous des éléments condensés dans son histoire somatopsychique.

La solution addictive ainsi que la biologique, font appel au soma comme spatialité dans la bio-logie, la différence qui caractérise la première étant que dans celle-ci se produit le besoin de resomatiser les affects au moyen de l'excitation . Cette dernière, nécessité et cherché au moyen de l'acte d'incorporation, fournit ce contrôle traumatolithique autocalmant périodique. C'est un type particulier de processus autocalmant, en rapport avec l'autoconservation paradoxale, où prime le sadomasochisme intracorporel. Elle fonctionne comme une protection anti-stimulus créant une unité soutenue par un cumul de sensations qui opèrent comme un objet-non objet , substituant les autoérotismes objectaux manqués qui auraient dû être constitutifs de la subjectivité.

Elle implique un type particulier de contre-investiture , réfère à des registres d'épouvante encapsulés qui condensent des angoisses de néantisation et d'agonie. Elle opère comme un essai de soustraction du noyau fusionnel toxique (formation de masse de deux), accédant à un parcours resubjectivant depuis cet état néantisant, chemin homologue à la récupération narcissique réussie dans l'effet psychosomatique.

A l'intérieur du processus pulsionnel cela implique un type spécifique de regression psyche-soma. Dans ce type de solution le mouvement régressif implique: a) une motricité en jeu dans une spatialité, et la création d'objets supposés (3); b) une certaine récupération de la capacité allucinatoire par le fait d'aller à la recherche de ce corps étranger garant d'un certain bien-être à réussir pendant l'acte de consommer. On cherche par des réminiscences une rencontre fusionnelle soutenue dans une expérience corporelle déjà eue. C'est par le caractère spécifique de ce type de régression que nous préférons le penser comme une rétro-action, régression au premier registre somatique de l'affect, trace somatique de la décharge de l'affect, étant un type de mémoire corporelle (mémoire de système).

Dans ces solutions la problématique est référée non pas à des contenus psychiques mais à la possibilité ou à l'impossibilité d'accéder à un continent séparé du sensorium corporel, et elle met sur le tapis les limites somatiques et allucinatoires de la psyche. C'est le continent commun qui soutient la complémentarité intérimaginaire analyste-patient ce qui rend possible que ces contenus acquièrent une certaine figurabilité.

Trauma autoérotique .

C'est le résultant d'une mauvaise adéquation entre la fonction maternelle quant à sa capacité de rêverie et les besoins néonatals. Il rend évident un échec dans l'allucination négative , cadre de l'objet, et un défaut dans la réussite de la continuité narcissique, il implique un défaut dans l'appropriation subjective des autoérotismes. Les sensations corporelles, formes primaires de l'affect, n'ont pas été différenciées en catégories perceptives psychiques dans la progression somatopsychique, demeurant fixées à des réflexes végétatifs qui continuent à opérer comme témoignage de la manière de survivre. On a soutenu la manière de traitement bio-logique de l'excitation par la décharge. L'unique type possible de perception de la décharge a été le registre d'une brutalité de la décharge , la quantité a été un trauma et en même temps un but pulsionnel. Ceci anticipe le besoin d'un excès par rapport à la quantité et un climat contextuel de brutalité dans la décharge. Ce concept se trouve sous-jacent dans les rencontres toxiques et brutales évidentes et persistantes dans les structures familiales. Le défaut dans la structuration de l'attachement, nécessaire pour la différenciation du moi-même somatopsychique, n'a pas permis un résultat efficace dans la différenciation d'un soi-même (moi peau d'Anzieu) et un soi-même somatique immunitaire. Il y a eu un échec sur le bord perceptif allucinatoire.

Dans un travail précédent nous avons développé le concept d'attachement au négatif (6) où la douleur était le témoignage de l'objet non eu. Dans le mécanisme de rétroaction, une manière spécifique de régression dans la solution addictive, nous soutenons l'idée de l'attachement au négatif, mais au lieu de la référer à la douleur, nous la référons au registre somatique de la décharge, trace somatique de l'affect dans un prototype corporel. Cette trace opère comme un noyau masochique primaire, patrimoine singulier de la manière de survivre.

Moment d'incorporation

Nous nous trouvons dans une pathologie où prime l'incorporation face à l ‘impossibilité de l'accès à l'introjection de l'objet par un défaut dans l'accès à l'activité allucinatoire et à l'efficacité du mécanisme de projection. L'acte d'incorporation, caractérisé par des essais frénétiques et compulsifs, entretient un lien narcissique avec l ‘objet non objet, essayant de contre-investir chimiquement la trace somatique de l'affect.

C'est la recherche d'un excès et du point de vue de la toxicité pulsionnelle – prépulsionnelle, ce trop plein est un essai de remplir le trop vide généré par le trop plein d'excitation non liée (15).

Dans la solution addictive on cherche la marque corporelle, un type de sensation excitation qui pour être récupérée subjectivement a besoin d'une contre-investiture chimique. Cette dernière, condensée dans la rencontre avec le pharmakon et évoquée dans l'expérience corporelle signifiable. A mesure qu'augmente la désubjectivation et le niveau de rétraction, l'acte d'incorporation devient plus automatique, s'imposant le sadomasochisme intracorporel et le traitement par altération interne. C'est à ce moment-là que le niveau de la demande devient organique.

Autoengendrement de corps étrangers

Dans la solution addictive s'autogénèrent deux types différents de corps étrangers (10) propres.

•  Un corps étranger est celui qui est produit par l'identification addictive (8) soutenue dans une formation de masse de deux, qui entretiennent un noyau fusionnel avec le corps et l'imaginaire maternel. Cette formation addictive, incarne une relation originaire passionnelle possessive à et de l'autre . Elle soutient une particulière ambiguïté dans laquelle s'articulent les contraires et le réversible, un état de désinvestissement permanent à côté d'une relation omniprésente et fusionnelle. Ce corps étranger et propre est une formation psychique enregistrée comme substance psychique qui fonctionne comme une substance drogue. Dans un premier moment il a équilibré la continuité narcissique et dans un second moment il devient menaçant.

•  Dans le besoin de dominer l'angoisse créée par la menace d'aphanise, de néantisation, et d'être dévoré dans la formation de masse de deux, s'impose un impératif d'incorporer de manière répétée une substance extérieure qui met le corps en perfusion, créant un corps étranger à l' autre, et installant un autoérotisme artificiel . A ce moment-là on accède à l'opération du pharmakon, puisque l'automédication essaie de rétablir une forme de disjonction en dissolvant le toxique intrapsychique coagulé dans cette substance psychique.

Au moment d'incorporer le pharmakon, et de réussir cet état fusionnel avec la drogue, se produit ce corps étranger à l' autre , représenté pour ce sujet, vivant ne pas être celui qu ‘on est dans le continuum de l'état fusionnel avec le corps et l'imaginaire maternel. Cela implique un état de naissance réussi par cet effet métonymique. A ce moment-là la drogue a opéré comme suppléant, l'on accède au moyen d'une contre-substance extérieure à une opération de substitution ou de transposition, autoengendrant un organe libidinal alluciné, et récupérant de cette manière une capacité allucinatoire. Ceci conduit à pouvoir se soustraire de la situation paradoxale néantisante, en produisant d'une manière désespérée une absence dans cette omniprésence.

Ces corps étrangers et propres, toxiques et improcesable, sont ceux qui donnent la spécificité à la formation addictive sous-jacente aux solutions addictives.

Bref: dans l'acte d'incorporation: 1) la drogue opère comme supplément en réussissant une certaine “réanimation” dans un état d'excès, depuis une place active, une manière de transformation passive-active; 2) la drogue opère comme suppléant en le soustrayant d'un état fusionnel et de la formation de masse de deux; 3) cette expérience s'inscrit dans un à postériori , ce qui assure le fait de devoir réinitier ce cycle dans un temps circulaire, réeditant de manière permanente et périodiquement le fait de naître se soustrayant d'un espace et naissant dans un autre.

Devant la difficulté moïque pour contre-investir le detresse s'est installé l'emploi de toxiques ou de médicaments comme une manière chimique de contre-investissement. Etant donné la décharge de l'affect, la transférence de celui-ci peut s'effectuer dans un système en voie de complexification dans l'évolution somatopsychique, mais si la décharge affective s'effectue vers des systèmes en réseau allant au système immmmunitaire ou neurohormonal, l'affect reste fixé à un feedback neurochimique. L'accès à la représentation et à la parole s'évanouissant, la figure du toxique apparaît, demeurant l'accès à des circuits courts où règne la décharge, et le retour vers l'excitation – sensation . Voici le point de fixation auquel retourne la solution addictive

La nécessité nostalgique de fusion, d'indifférenciation, de l'incestuel et de toute-puissance, essaie de retrouver des virtualités biologiques cherchées activement dans les addictions (acting out) et passivement dans les somatisations (acting in).

Il n'existe pas une capacité érotisée de temporaliser, de résister en différant une décharge et en supportant la tension masochistement, en se donnant un surinvestissement de la décharge comme possibilité et étant l'objet anobjectal d'investissement, l'unité soutenue par des sensations . Tout ce qui est décrit est propre du mécanisme de rétro-action étant prééminente la décharge affective, l'intensité et le quantitatif. (15-16).

C'est l'autoconservation paradoxale qui détermine que la drogue puisse opérer comme suppléant, par la production de clivages structuraux du moi qui déterminent la mise en jeu d'un type de pulsion d'autoconservation qui fait appel à sa préforme organique et à des tropismes biologiques.

Mécanisme de rétro-action

Dans la rétro-action (15) se soutient la nécessité de registres passionnels somatique. Cela implique une recherche sensorielle en-deçà des autoérotismes, se générant une adhésivité à l'objet sensation. Dans cette resomatisation des affects, le soma reste intéressé par des mouvements autoérotiques archaïques où l'objet est indistinct de la sensation. Cet objet autoengendré au moment de l'acte d'incorporation reste clive dans le moi, ayant besoin d'être contre-investi périodiquement.

En retournant par le mécanisme de rétro-action à cet objet sensation l'on retrouve l'activité pulsionnelle-prépulsionnelle avec le fond passif des débuts de la vie psychique marqué par le detresse en un moment d'atopie ou d'indistinction d'instances psychiques. Il se configure une topique atopique où ne peut advenir aucune représentation d'absence et de faute. La logique intra-utérine intracorporelle (intrasomatique) se soutient, articulée avec l'autoengendrement.

L'on retourne par la voie de la puissance de l'affect à un type de rétro-action prépulsionnelle, anobjectale, excitationnelle, co-originaire à l'aube de la vie.

Bref: le mécanisme de rétro-action dans la solution addictive: 1) évidence un traumatisme précoce qui a laissé une déformité dans le moi par un clivage structural (2), ce qui laisse une altération des pulsions d'autoconservation qui retournent à la préforme organique; 2) l'on retourne à l'aspect prépulsionnel de l'automatisme ou à la compulsion de répétition en retournant à l'objet sensation ou excitation (15).

Conclusion

Dans ce travail la modalité expositive et de réflexion se rapporte à un interrogatif actuel en psychanalyse, qui est de pouvoir penser la séance comme une articulation entre différentes subjectivités, y compris bien entendu celle de l'analyste et son activité psychique. Au sujet de la solution addictive , j'ai envisagé seulement quelques-uns des écueils cliniques qui se présentent à nous, réservant pour d'autres communications d'éclaircir le profond et l'énigmatique de la rétraction de ces patients, leur présence comme absence, les effets sur l'économie pulsionnelle de l'analyste, des moments d'insomnie ou de mal-être somatique en séance ou en dehors de séance, etc. Tout ceci ouvre la dimension de penser les interrogatifs depuis la contretransférence organique de l'analyste.

Ces traitements nous génèrent des remises en question techniques, subjectives et éthiques, puisque notre inclusion ne serait pas possible si ce n'etait pas en soutenant quelque complicité dans le milieu familial. L'effet que génère chez le thérapeute sa dépendance avec l'addict à l'addict est ambivalent, par le fait que celui-là est un personnage qui détecte et soigne, et d'un autre côté c'est celui qui attaque avec férocité, essayant de dévorer à nouveau dans une logique d'ambiguïté et de réversibilité semblable au toxique, en tant que pharmakon est un médicament et un poison.

Un fait remarquable et partagé avec des analystes qui envisageons le traitement de patients avec des solutions addictives qui mettent en risque leur vie, c'est le moment où nous enregistrons la sensation complexe de solitude, d'être celui qui soigne ce qui est vivant, notre mal-être étant le témoignage du soutènement de ce qui est vivant chez nos patients.

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